Articles de luober
La goutte d'eau
Une larme salée avait glissé de ton oeil
Tombée sur le sol pour en faire le deuil
La goutte d'eau faisant déborder le vase
Et n'empéchant pas que les autres jasent
Bien entendu, tu m'as tant aimé à ta façon
Si profondément, ma Mirontaine, mironton
Autrefois, t'en souviens-tu, jolie madame ?
Quand je m'enfoncais au creux de ton âme
Et nous portions en nous tant de déraison
Claire la fontaine où nous nous baignions
Depuis, elle s'est emplie de mille pleurs
De folles espérances, de rêves de bonheur
Dans les eaux vertes et froides de la Durance
Les poids sont rouges et à nos pieds dansent
Je goûte à nouveau et je m'égoutte toujours
D'une oreille assez discrète en ascète du jour
Nous savons la saveur acide de toute solitude
Car elle est bien souvent, plus qu'une habitude
Moite grandeur et décadence des jouvenceaux
Filet qui coule en ruisseau brûlant notre peau
La goutte d'eau est bien plus qu'un supplice
Quand sur ton visage s'écoule un sanglot lisse
La goutte d'eau faisant déborder l'emphase
Et venant ponctuer humidement mes phrases

Lit conjugal
(Poème dédié à la mémoire d'un vieil ami disparu)
Aux yeux de mes quinze ans, tu étais grand et beau
En toi, je retrouvais l'image de l'amour
De tes gémissements naissaient en un credo
Les plaintes du plaisir avec la fin du jour
Lit conjugal, passé hyménéal
Un premier faux pas, primordial
Et je rêvais de toi, les nuits de solitude
Tes draps fins me narguaient, je les voyais emplis
de furieuses étreintes, de douces habitudes
Et le clairon barbare m'arrachait à tes plis
Lit conjugal, présent abyssal
Pas l'idéal pour mon moral
Aujourd'hui, tu n'es plus qu'un matelas sans âme
Tes ressorts fatigués m'accueillent avec des cris
La femme qui y dort, cette femme, ma femme
Comme en un cimetière, y enterre nos vies
Lit conjugal, futur létal
Et tout devient banal
Je m'y couche à regret, je le quitte avec joie
Rarement, j'y pratique et par nécessité
Le devoir conjugal, cette sinistre croix
Qu'une erreur de jeunesse m'oblige à porter
Lit conjugal, impératif final
De la solitude être le vassal

Vois-tu...
Vois-tu, je ne demande pas grand chose à la vie
Si ce n'est sur le sol, tracer un cercle d'amis
Sais-tu que je ne demande guère plus à la nuit
L'étreinte de ton corps, contre moi, me suffit
Sens-tu que je suis douce clarté, rêve et émotion
Dans mon cercle magique je protégerai ton nom
Mais dans mon coeur je te répèterai à l'infini
Dessinant tes courbes jusqu'au bout de mon lit
Comprends-tu que désormais, je te porte en moi
Tu es le ruisseau, l'hirondelle, mais surtout toi
Ta nature rebelle et sauvage, je saurai apaiser
Mes mains, sur ton ventre, sauront te caresser
Vois-tu, je ne demande pas plus que toucher l'absolu
Ce sentiment de plénitude qui me porte aux nues
Vois-tu, tu me véhicules vers de nouvelles contrées
M'emportant avec toi, gravir ces imposants sommets
Et là, sur le toit vibrant de tout ce qui fait le monde
Je serai colibri inondant de nectar, ta matrice féconde
Mon regard d'Est en Ouest saura se perdre à jamais
Dans tes yeux, si troublants, qui ont su me regarder

Je cherche un lointain refuge
Je cherche un lointain refuge où aller me poser
Moi, l'aigle solitaire, le vieil oiseau blessé
Et je partagerai mon corps, toute ma créativité
Avec celle qui comprendra ces belles subtilités
Je me poserai sur le nid de toutes mes voluptés
Moi, l'homme d'espérance qui fut tant bousculé
Là, je déferai délicatement toute sa carapace
Et je baiserai son sein de mon bec de rapace
Je voudrais un asile pour les coeurs sinistrés
Moi, l'homme apportant de nouvelles idées
Loin de ce monde fou et empli d'excités
Cherchant encore les clés de ma félicité
Je rêve d'un repaire où aller m'abriter
Moi, le vagabond de toutes sensualités
Et je me blottirai au fond de sa matrice
Dans mes sentiments rien ne sera factice
Je cherche un abri, un havre de paix
Où parfois je puisse enfin me retrouver
Quand il fait nuit sur le noir de nos âmes
Et que j'ai en moi le désir d'une femme
Je cherche un lointain refuge où aller reposer
Ces grandes ailes déployées et à présent usées
Alors, je m'endormirai royal toute contre celle
Qui saura comprendre ce qu'est battre de l'aile

Il manque à nos vies
Amis, amies, il manque à nos vies
Une plage de Floride, un brin de folie
Un vent du sud qui balaye l'ennui
Et dans nos âmes, la cruelle ironie
Enfin retrouver ce courage d'aimer
Et apprivoiser les coeurs déchirés
L'amour est un vent insaisissable
Une poignée de grains de sable
En cette saison où l'on perd ses feuilles
Où l'on mène combat de tous nos deuils
Malgré tout, on avance, on persévère
Tu m'étonnes, automne, poète sévère
Revois ta copie à la lueur des bougies
Faisant naître en nous la subtile magie
Dis-moi quand pourrais-je m'épanouir ?
Et de ton corps offert, mon âme nourrir
Amis, amies, il manque à nos vies
La clarté qui assombrit nos nuits

Je croyais être creux
Tel un tronc pourri, je croyais sonner creux
Oubliant de vivre et de ressentir pour deux
Je pensais être pour toujours mort à la vie
Et pourtant, depuis toi, voilà que je revis
Autrefois, fantôme livide, spectre esseulé
Puis le tombeau s'ouvre, et voilà je renais
Espére ! Est-ce paire, d'être à deux ?
A la lumière de ton amour radieux
Fleurs d'automne, souvent blêmes
Me feraient aimer les chrysanthèmes
Mes désirs sont virevoltants, débordants
Mes soleils, devenus des châteaux brillants
Mes mémoires d'outre-tombe bien enterrées
Et mes lunes toutes plus fécondes, désormais
Je construis de doux souvenirs pour mille ans
Je rebâtis mon coeur, mon intérieur lentement
Espère ! Est-ce paire, d'être heureux ?
Sous la force de mon esprit aventureux
Fleurs d'automne, fin des hortensias
Tu porteras mon coeur à bout de bras
Je croyais être creux et ne plus pouvoir aimer
Et pourtant, malgré tout, j'aime comme jamais
