Articles de luober
La danse de la pluie
Aujourd'hui il pleut fort mais je m'en fous
Car tu vois, je sens tant d'amour entre nous
Qu'il faudrait au moins un déluge, façon Noé
Pour que je me sente vraiment de toi, éloigné
Comme la vie, c'est un jeu, la danse de la pluie
Alors sautons dans les flaques, ma tendre amie
Jouons, veux-tu, et écoutons tomber la pluie
Chacune de ses gouttes, chacun de ses clapotis
Aujourd'hui il pleut fort et c'est doux
Tu sais, je me mettrai encore à genoux
La nature revit et est toute mouillée
Me faisant penser à toi, à ton intimité
Et, je me répandrai en toi comme l'averse
Vois, toutes les émotions, que je déverse
Partageant nos envies, notre tendresse
S'étourdissant d'amour et de caresses
Sur mon visage les larmes du ciel s'écoulent
On s'abritera loin du monde et de ses foules
Là, j'essuierai ton corps nu, chaud et humide
Et dans nos repaires, je me ferai moins timide
Alors écoute, alors égoutte, notre goutte à goutte
Faire ensemble un petit bout de route, sans doute
Car nous sommes enfants de la nuit
Les maîtres du temps et de la pluie
Dans les bois gorgés d'eau, pousse le houx
J'en ferai sortir doucement le cerf, le loup
Puis, invoquant les anciennes divinités
Je les remercierai de t'avoir rencontrée

Quel poète es-tu ?
On a dit parfois de moi et, sans que ce soit acerbe,
Que je suis un poète têtu, romantique et pugnace
Voulant mener tous ses combats avec égale grâce
Simple jongleur des mots pour embrasser le verbe
Avoir la foi, c'est croire que les choses vont se produire
Et le courage, c'est faire en sorte qu'elles se produisent
Certains instants de vie sont des heures tellement exquises
Que ma volonté est sans faille pour pouvoir les construire
Ainsi, j'ai laissé passer tant de trains sur des quais incertains
Voyageur sans babages en spectateur de ma vie contemplative
Face à tous ces bateaux laissés à la dérive et s'éloignant des rives
Je me suis souvent demandé à quoi ça rime, s'ils ne s'arriment à rien
Elle dit que seul le temps montre la beauté des choses
Alors oui, attendons que ses yeux me voient renaître
Elle est ma respiration, troisième poumon de mon être
Et espérer un jour, être dans son plein désir, oui je l'ose
Et je me mets à nu lorsque je suis ému
En me demandant sans cesse qui je suis
Quand de mes yeux, des larmes j'essuie
Ah, quel poète têtu ! Quel poète es-tu ?

Pensées unies vers celles
La mère dont le sein nourrit, la mer, c'est vague, son roulis
Celle qui veille au grain, galet de la plage, et donne la vie
Mère sans âge, matrice et coquillages, Vénus reproductrice
Qui des enfants ingrats et indociles, passe tous les caprices
La fille dont la beauté illumine les parents et toute la fratrie
Sa petite frimousse, sa touffe de mousse, fraîche et épanouie
Et qui sera aussi mère demain, vierge aux magnifiques seins
A qui tous les garçons, empressés d'aimer, tendent la main
L'épouse aimante portant sans cesse le foyer à bout de bras
Pliant aux vents mauvais mais qui, tel le roseau, ne cède pas
Femme secrète, travailleuse infatigable aux vies multiples
Et où, à l'école de la vie, nous devrions tous être les disciples
La grand-mère patiente, bienveillante, son regard posé sur l'infini
Le temps l'étreint de son emprise, mais il n'a plus de prise sur sa vie
Et elle attend, aimante pour les siens, l'appel de la Faucheuse
Devant tout ce qui a été accompli, elle est superbe et radieuse
L'amante, doucement poivrée, déesse accueillante, si beau repaire
Apportant à certains hommes, le merveilleux sirop qui désaltère
Que de femmes, de rôles à tenir, de nuances variées sur aquarelle
Ai-je trouvé celle vers qui vont toutes mes pensées universelles ?

Arbres de nos vies
Arbres de nos vies poussant parfois sur une terre appauvrie
Où nul ne se reconnaît, nul ne grandit, ni ne s'en nourrit
Malgré toutes les vicissitudes savoir rester droit tel un if
Quand les saules pleureurs seront consolés et moi lascif
Lorsque les chataigniers m'auront fait marron, chaud devant
Une fois les bouleaux finis, débités, restera du froid et du vent
Les pins seront mes seuls parasols, aux aiguilles tombées
Les fruits de mes vieilles branches seront pourris et gâtés
Qu'à grands coups de hache les charmes auront été rompus
Et que tous les peupliers seront redressés et moi bien tordu
Que tous les coeurs gravés sur mon tronc seront bien effacés
Je regarderai avec joie les chênes qui seront enfin détachés
Sur mes feuilles jaunies, mes textes défraichis seront oubliés
N'hêtre plus qu'arbre déraciné, décomposé, humus de vérité

Il me faut apprendre
Il me faut apprendre à écouter et accepter ses mots
Ne pas en souffrir si je ne suis pas dans ses idéaux
Il me faut apprendre à rester toujours droit et digne
Et de l'Univers peu bavard, savoir écouter les signes
A l'heure bien avancée où toutes nos vies sont tracées
Que les choix structurants depuis longtemps sont faits
Il ne me reste plus que cette liberté absolue d'aimer
Apprendre, comprendre et à s'y méprendre être vrai
Non, il ne faut rien demander de plus beau à la nuit
Juste rêver et ne rien désirer de plus, la vie et l'envie

Tous les plaisirs de la vie
Tout le plaisir qu'elle prend, tout le plaisir qu'elle me donne
Lorsque nos corps, de désirs épuisés, à tous deux s'abandonnent
Toute ma joie à la voir nue et prête à toutes les gymnastiques
Lorsque je la rejoins à nos bacchanales et nos festins magiques
Je suis le solitaire, sorti de sa solitude, chercheur de plénitude
Je suis le mercenaire sans aucune certitude, prenant de l'altitude
Son coeur ne m'appartient pas mais elle en partage un bout avec moi
Son corps, j'aime tant à le sublimer puis le mettre dans tous ses états
Je sais que toutes les saisons me paraîtront bien fades après elle
Je n'ose imaginer ce que seront mes hivers sans ma belle rebelle
J'aimerai la retrouver même après ma mort, en ma saison sombre
Telle la passeuse d'âmes postée à l'entrée du royaume des ombres
Elle est ma ligne d'horizon et je n'attendais qu'elle pour être moi
Elle est douce folie et je n'attendais que cette reine pour être roi
En écrivant ici ces quelques lignes, oui, je la prends cette hauteur
Ma plume virile trempe dans son encrier, ce fourreau de douceur
Tous les plaisirs que j'ai à être le chevalier servant de la gente dame
Quand elle tient fermement ma bougie et qu'elle en souffle la flamme
Et je saurai lui transmettre toutes les clés qui lui manquent
Elle m'ouvrira à la vie, à la croix ansée, symbole de l'Ankh
