Articles de luober
Un phare dans la nuit
Perdus dans le vaste océan de nos incertitudes,
Seuls, abandonnés ou même dans la multitude,
On a tous besoin d'un phare qui brille dans la nuit,
Une lumière nous guidant vers le rivage sans souci.
On a tous besoin de trouver cette paix intérieure
Qui transforme les passions en simple bonheur.
Chercher notre devenir,
le chemin pour s'épanouir.
Trouver enfin notre voie
parmi des sentiers étroits.
Eclairant notre parterre,
Grande colonne vêtue de pierre
pour résister à l'assaut du vent
et vaincre les effets du temps.
Les pieds de granit léchés par la mer,
Dévorés, rongés par tous les sels d'hier,
Pinceau de lumière balayant nos frêles existences,
Eclairant les esquifs d'un monde où la mort danse,
Telle une torche céleste posée sur les vagues infinies,
Juste au bout du couloir du mystère de la grande nuit,
Phare, tu nous montres et démontres toutes nos limites
Que nous sommes aveugles et que cela va vite.
Je fuis
Sur la Terre coiffée par un ciel irréel
Qui m'impose le grand mystère éternel,
Baignant dans la mer tourmentée des sarcasmes,
Anguille lovée sous la roche de l'enthousiasme,
Je fuis.
Sur ma tête décoiffée par le temps assassin
N'ayant plus trop le temps de dire : à demain.
Cherchant la bonne route pour tracer le chemin,
Mais se perdant dans l'odieux labyrinthe en vain,
Je fuis.
Je fuis le monde tel qu'il est.
Je suis l'automne, tu es l'été.
La course folle est démarrée,
plus rien ne pourra l'arrêter.
Je fuis l'amour tel que tu es.
Je suis la mort, tu as gagné.
Le printemps brûle sous mes pieds
Mais plus rien ne pourra se passer.
Dans les tréfonds de la mémoire,
tout cela est devenu si accessoire.
Dans l'impasse de mes souvenirs,
Je crois qu'il ne peut y avoir pire.
Désormais être ainsi regardé,
Comme une pièce de musée,
Juste posée à côté de la réalité
Sur l'étagère crasseuse du passé.
Et, je regarde le temps qui court,
La mort qui rit et joue du tambour,
Dans le couloir sombre, sans détour
Où il ne reste tout juste que l'amour.
L'amour qui s'enfuit, lui aussi,
Bien plus vite encore que ma vie,
Au rythme effréné "d'être et avoir été",
Je fuis ce que je fus : audace et témérité.
Oui, je le sais, mère Courage, je fuis
Ce qui au fond de moi est enfoui.
Je veux éteindre la douce nuit étoilée
Et vivre mes rêves d'obscurité.
Je suis ma mort, ma propre nuit,
Mais dès l'aube, chut ! Je m'enfouis.
Miroir brisé
Sous l'assaut implacable du destin,
Et les griffes sournoises du malin,
le miroir où nos vies se reflétaient,
Un jour cruel s'est tout à coup brisé.
On dit souvent : sept ans de malheur
Mais c'est beaucoup plus long ma soeur.
Le temps est paraît-il un grand maître
Mais il n'efface jamais rien le traître.
Des instants de douleur apparaissent chaque soir,
Depuis que tu es passé de l'autre côté du miroir.
Pour croire encore et supporter l'intolérable,
Pour me rendre désormais la vie plus acceptable,
Je me remémore alors les jeux de notre enfance,
Jetés dans mon esprit comme une seconde chance.
Ces petites bêtises et nos premiers émois amoureux,
Vécus main dans la main ensemble comme autant de jeux.
Une part de mon âme s'est envolée avec toi.
La moitié de mon corps a perdu toute sa joie.
Je me suis tourné vers Dieu, j'ai prié le Christ,
Pour garder en moi tous les souvenirs de Lochrist.
Dans nos costumes bretons nous étions si belles,
Toi mon double, mon autre moi, ma soeur jumelle.
Tu étais reflet de mon âme et tu restes mon drame.
De l'autre côté du miroir, de la bougie, la flamme.
Petite fille
Devant tes yeux d'enfant
Un monde si oppressant,
Attend un de ces jours,
Pour te jouer des tours.
Petite fille, Petit enfant, Dans cette ville, Tout est trop grand.
Mais que peut donc t'offrir
Ce monde qui soupire ?
Quand tu vois s'assombrir,
L'air que tu respires.
De si maigre plaisirs
Et demain sera pire.
Tu vas tout de même grandir,
Tenter de t'épanouir,
Pour que ton corps attire
Ces hommes qui transpirent
Dans toutes les moiteurs
Des journées de labeur.
Un jour, tu vas te blottir
Contre leur désir.
Au-dedans de tous ces gens
De la pluie et du vent.
Plus le temps de sourire,
Le métro les aspire.
Petite fille, Petit enfant, Dans cette ville, Tout est trop grand.
Mais que peut donc t'offrir
Ce monde qui soupire ?
Quand tu vois se construire
D'aussi grands empires.
Construits au demeurant
Sans la plupart des gens.
Cet argent qui attire,
Cet argent qu'on transpire,
Et qui nous rend méchant
En choisissant son camp,
Celui du plus offrant,
Des grands aveuglements.
Il fait de nous des vampires
Et peut-être même pire.
Dans nos coeurs refroidis
Par une si longue nuit,
Tu peux toujours rêver
Et même espérer.
Petite fille, Petit enfant, Dans cette ville, Tout est trop grand.
Mais que vont devenir
Tes espoirs de zéphyrs ?
Quand rien ne les arrête,
Même pas la mort qui guette.
Et que reste bien abstraite,
L'idée pour la planète.
Tu vas tout de même diffuser
De merveilleuses idées
A toutes les petites filles
Qu'on trouve dans les villes
Et tous les petits enfants
Avant qu'ils ne soient trop grands
Et ne soient devenus
Tous nos futurs élus.
Le livre de nos vies
Le temps pressé feuillette une à une les pages
Du livre de notre vie dont il fait l'arbitrage.
Et, malgré les mots alléchants de la préface
Sa lecture ne nous prépare pas à faire face
A tout ce qu'a été hier et ce que sera demain.
Derrière les murs du temps, cours un gamin.
Regarde ma main tremble, ma tempe blanchit,
Mes rêves restent, mais ma mémoire s'enfuit.
Je fus cet enfant sage qui ne savait pas demain.
Je fus ce petit ange rêvant à la nuit de Samain.
Les chapitres de ma vie inlassablement s'écoulent
Ex-libris, belle image perdue de ma vie qui s'écroule.
Il nous faudrait plus d'une vie
Il me faudra bien plus d'une vie
Pour faire le tour de mes envies,
Et encore beaucoup plus de temps
Pour redevenir un enfant, si grand.
Et quand on pense à toute l'énergie
Que l'on met pour construire sa vie
Et en quelques secondes tout est fini
On emporte rien au paradis, adieu la vie.
Quand on regarde derrière soi
Comment l'on a tracé sa voie.
On s'est renié plus d'une fois
Alors comment garder la foi, garder la joie.
On voudrait parfois se persuader,
Ce n'est pas moi cet étranger.
Mettre à zéro le kilométrage,
Quand il nous manque du courage ou de la rage.
Alors je me dis que l'on a tort
De s'emporter toujours et encore
Pour des futilités, des désaccords.
Il fait si beau dehors, quel trésor.
Tu vois la vie, c'est bluffant
Un jour noir et l'autre blanc.
Tu vois l'amour, c'est troublant
Un truc qui fait chaud dedans, tous le temps.
Il nous faudrait plus d'une vie.
Aller bien au-delà d'aujourd'hui.
Il nous faudrait tous ses amis
Pour traverser la longue nuit.
Il nous faudrait surtout rêver
Que l'on peut tout recommencer.
Laisser de côté toutes nos erreurs
Et ne s'acheter que du bonheur.

