Articles de luober
A la porte du temps perdu
Toc - Toc
Devant la porte du temps perdu,
Nos corps meurtris sont arrêtés,
Nous n'avons plus la clé du passé.
Nous voilà complètement à la rue.
On aura beau regarder par la serrure,
Taper à cette sombre porte vermoulue,
Chaque fois, on devra s'avouer vaincu
Et, comme ce bois, garder nos blessures.
Tic - Tac
On ne peut parcourir deux fois le chemin.
Le couloir du temps est un aller sans retour.
Rêve d'amants qui s'en est allé pour toujours.
Et même si on sort de nos gonds, c'est en vain.
Tourner sans cesse sur la poignée rouillée de l'huis,
Vouloir échapper aux termites, au bec des vautours,
Et pourtant, sans moyen aucun, de refaire le parcours,
Le monde si bavard cause et se repose sur aujourd'hui.
Tac-Tic
Analyser le jour présent n'est déjà que foutaise,
Incisons donc notre passé dans toute l'épaisseur,
Chirurgie viscérale et réparatrice de nos coeurs,
Demain n'est qu'un aléa, une incertaine hypothèse.
Cruelle nostalgie, petit animal, tapi dans l'ombre,
Attendant que la porte du passé s'ouvre en grand.
Retournons en arrière pour y prendre les devants,
Remontons l'horloge du temps foutu, sans encombre.
Tic-Tac-Toc
Faire le pied de grue à la porte du temps perdu.
Parcourir la rue et tituber après avoir autant bu.
Imaginer ta venue et embrasser ce beau corps nu,
Et tes yeux si tristes, reflétant ta peine et ton vécu.
Miséricorde
Où est donc ma part de ciel bleu ?
Demande l'homme au sourire creux.
Dieu dit : Je ne te l'ai pas destiné,
Veni, vidi, Vinci ne l'a pas dessiné.
Ai-je droit alors à être heureux ?
Ajoute l'homme au visage cireux.
Tu es bien exigeant et impétueux,
Claironne le créateur des cieux.
Je veux avoir mon bout d'éternité
Réclame l'homme au coeur blessé.
Que revendiques-tu petit scarabée ?
Ma parole d'évangile est la Vérité.
Mais cette vie misérable me dérange,
Se plaint l'homme aux idées étranges.
Alors, Homme, remets-toi en aux anges,
Plus que cela pour sortir de ta fange.
Ce n'est pas juste et manque de grandeur,
Pleure l'homme, face à toutes ses peurs.
Vile créature, tu devrais faire pénitence
En attendant qu'un jour tombe la sentence.
Que coule un sang d'encre dans tes veines,
Car tu n'es pas arrivé au bout de tes peines.
Va piano car tu tires trop sur la corde,
Et je te l'accorde, au cou, Miséricorde.
Beaucoup d'encre
J'ai fait couler beaucoup d'encre sur la page de mes nuits
Et de la noirceur de mon antre, rien de grand n'est sorti.
A force d'atermoiements voire d'un manque certain de folie,
A maintes reprises, je crois être passé à côté de ma vie.
Des ciels azurés pourtant j'en ai vu défiler devant mes yeux,
Et, aucun d'entre eux n'a su m'apaiser, ni me rendre heureux.
Forêts immenses, volcans de cendres, lacs froids et profonds,
J'en ai traversé, gravi, franchi, reculant tous mes horizons.
Mais rien n'a apporté à mon âme meurtrie, ce rêve de nous deux,
Ton souvenir à peine effacé, le bonheur retrouvé d'être amoureux.
Dans les vallées de la solitude, sous des cascades de chagrin,
J'attends fébrile ce signe de ta main qui changera mon destin.
J'ai fait couler tant de larmes sur le parchemin de mes envies
Que de la torpeur d'aujourd'hui, aucune belle lettre n'a surgi.
A force d'hésitations, écrivant la valse lente de mes questions,
Je me suis oublié en chemin sans m'accorder une ponctuation.
Sourire de l'enfant
Sourire de l'enfant
Merveilleux présent
Innocence et beauté
Bien loin des vérités
Du monde des géants
Dirigé aveuglément
Ecoutez les petits
Leur coeur est infini
Regardez-les jouer
Regardez-les aimer
Ils sont notre avenir
Tout notre devenir
La magie est en eux
Voyez-les si joyeux
Soleil dans leurs yeux
Plaisirs de leurs jeux
Ne pas les pervertir
Ni les faire souffrir
Laissez-les maintenant
Vivre leur beau présent
Donnez-leur tout l'amour
Qu'ils méritent toujours
Car ils sont un peu nous
Ils sont tous nos bijoux
Le puissant fond
Dans les entrailles de la terre,
La matrice primale de la mère,
Notre paradis vain, notre enfer,
Coule une eau fraîche et légère.
Liquide précieux, énergie vitale,
Assoiffé d'une limpidité minérale,
Soumis, je m'abreuve à ta source
Comme une très ultime ressource.
Creusant dans tes reins à fond,
Accédant au terrain si profond,
Cette grotte si douce et moussue
Est blottie au bas de ton corps nu.
J'y cherche mon accès aux nues,
Les dernières traces d'inconnu.
Perdu dans ce puits sans fond,
Là, où même le puissant fond !
Mettre les voiles
Sur des terres hostiles balayées par les vents,
Loin du monde des hommes, ce fracas grouillant,
Quelques maisons isolées, parcelles éparses
D'habitants esseulés, de la lune ou de mars.
Côte déchiquetée et orgues de rochers bruts
Où je déambule, j'avance et j'erre sans but.
Embruns légers et salés fouettant mon visage,
Je sens l'appel du large, d'un monde sauvage.
Vouloir partir à jamais vers quelques ailleurs,
Se retrouver enfin et laissant toutes douleurs.
Au diable les souffrances d'un monde trop pressé,
Se rapprocher de moi pour vivre mon authenticité.
Sans heurt, apprendre à se poser, délicatement,
Bel oiseau de mer sur une plage de sable blanc.
Le fumet du poisson et le gôut iodé des coquillages,
L'herbe est-elle plus verte ailleurs ou simple mirage ?
Pourtant, il faut parfois larguer les amarres,
Etre naufragé volontaire et dire y'en a marre.
Sur l'océan sans âge peuplé de bêtes immondes,
J'aimerai tant repartir vers un nouveau monde.
Que mon rêve retrouvé et mon coeur révélé s'emballent,
Bercés par des vagues de joie ou de vagues espoirs si pâles.
Que mon corps transcendé et mon âme apaisé se dévoilent,
Sur le vaisseau de ma vie enfin pouvoir mettre les voiles.