Articles de luober
Un petit homme dans une grande maison
Autrefois je connaissais un géant que j'appelais papa
Il vivait dans une grande maison bien trop à l'étroit
Car il y avait elle, il y avait lui, la complicité et la joie
Et chaque matin l'amour renaissait dans leurs bras
Mais un jour neigeux de mars a disparu sa princesse
Alors sur lui s'est abattue une bien trop grande détresse
Sa maison n'était plus assez grande pour contenir sa douleur
Et sa baignoire trop exiguë pour accueillir tous ses pleurs
Enfermé dans ses souvenirs, il ne pouvait plus grandir
Il se mit alors à rapetisser jusqu'à la taille d'un oeuf
Et après tant d'années, il dut se faire à la vie de veuf
Ainsi, le temps passa, puis il cassa sa coquille un jour
Elle ne contenait qu'un énorme coeur plein d'amour

Miss Terre
En ce premier jour de mars
Tu as pris le grand départ
Mais c'est à Noël en soirée
Que si seul, je t'avais pleuré
Derrière la pudeur de tes sentiments
Je ne te connaissais pas vraiment
Derrière les secrets de ton enfance
Tu es partie avec tous tes silences
D'accidents de la route en opérations
De souffle au coeur en cicatrisations
La vie n'aura jamais épargné ta santé
Et ton corps en aura pris des cachets
Le temps a effacé en moi les souvenirs
Restera alors quelques photos à jaunir
D'une belle mariée et l'homme à ses côtés
Qui jusqu'au bout t'aura aimé, accompagné
Quand l'un des deux doit quitter le bateau
L'autre reste seul maître à bord du vaisseau
Alors même ton capitaine de toujours capitule
Il se sent désormais si seul dans votre bulle
Derrière le masque de toutes les apparences
La Mort fut pour toi comme une délivrance
Tu as rejoins désormais l'éclatante lumière
Là où vont les âmes quittant cette Terre
Miss Terre et à la fois ma mère
Maintenant je sais ton mystère
Miss Terre, nous sommes éphémères
Je t'aimerai encore à travers mon père

Dans les mots, scions...
Tel un panier percé, cette bien vieille anse
Nous laisse apporter demain avec l'âme hors
Du corps qui s'effrite dans une huile rance
Eteins celle qui pourtant est pure brillance
J'en ai vu des gens passer, larmes à gauche
De la faucheuse adroite, L'as tue, scieuse
Qui coupe à pique la bûche minée, ras le bol
Dors sur tes deux roues comme un fier paon
Dans les mots, scions la branche qui nous porte
Faisant copeaux des sentiments qui nous transportent

De mes mains
De mes mains, je voudrais guérir la Terre
Le corps des pères et le coeur des mères
Et soigner l'enfant blessé par la guerre
De mes mains, demain, comme aujourd'hui
Je voudrais arrêter la mort et la maladie
Vous redonner toute la lumière et l'énergie
De mes mains, je ferai caresse un peu moins sage
Aux doux seins des filles rebelles et parfois sauvages
Dans leurs yeux, j'apprendrai de l'amour, le langage
De mes mains rassemblées, je boirai l'eau de la Source
A même le ciel où l'éternel a dessiné la Grande Ourse
J'affirme, amant, que des étoiles, rien n'arrêtera la course

Fée d'hiver
Dans la rue, brique, fée d'hiver
Ont construit sa vie de travers
Sous les petits flocons sans âge
Qui tombent des blancs nuages
Au premier froid, surprise
Quand le vent me fait la bise
Mon coeur se glace, j'ai froid
Ma peur prend place, effroi
Durant ces mois, nos âmes s'enfuient
Dur an, ces moineaux qu'ont nourri
Et qui peu à peu prennent de la graine
Oui, sans toit, j'ai vraiment de la peine
J'irai vers glas qui sonne
Pour déraper en somme
Voilà, le gel après rasage
Qui se fête à la Saint Barbe
Et dans le ciel gris beige
Allez, tournez ma neige
Tempête dans nos coeurs
Réchauffe-moi ma soeur
Une immaculée baguette magique
Jetant un froid, un sort arctique
Mais tu es si féminine, si fée d'hiver
Que de ma poésie, tu nourris les vers

Derrière moi
Tu es derrière moi
Et je te regarde parfois
Avec ce brin de nostalgie
Qui de larmes nos yeux emplis
J'ai pris les devants mais tu es derrière moi
Mais pourtant je t'apprécie comme il se doit
Et chaque jour, chaque seconde de ce monde
Je construis des rêves de Terre toujours plus ronde
Pyramide ou cathédrale, chacun construit son dédale
Labyrinthe qui nous mine, à tort ou à raison, on se sent mal
Et tu vois, je fais mine, hein, d'être toujours et encore plus humain
Tu es derrière moi et pourtant il t'arrive encore de me tenir la main
Quand je me retourne discrètement vers toi, je revois quelques sourires
Ce que furent parents et amis, comment se résoudre à vous laisser partir
Trois lettres du mot VIE qui scintillent : Voyageur Itinérant vers l'Eternité
S'en aller avec l'énergie du désespoir, fusionner à la source de toutes les vérités
