Articles de luober
Sauf...
Fruits succulents et mûrs aux couleurs d'été
Abondance de biens que beaucoup ont espéré
Cette vie merveilleuse m'aura tout donné
Sauf peut-être l'amour tel que je le rêvais
La mort et sa danse macabre m'auront enlevé
Quelques bons amis, doux parents et alliés
Au fil des ans, cette vie m'aura tout repris
Sauf toutefois l'humour dont je me nourris
Derrière tous les chagrins et les petites joies
Je suis toujours resté droit comme il se doit
Au fil de l'eau, au fil du temps qui s'écoule
Sauf-conduit pour affronter la houle
N'être que devoir
Naître pour te voir
Maître pour te mesurer
Il m'eut fallu toute l'éternité
Univers pour t'appréhender
Autrement qu'en étant naufragé
Sain et sauf, il me faudrait rester

Cher Victor
En te lisant, notre âme, de Paris ou d'ailleurs
S'appuie quasiment dos à dos contre notre coeur
Car tu nous secoues tant par tes mots cher Victor
Enfants misérables de la plume face à un tel senior
Nous somme admiratifs, enchantés par tes vers habiles
Face à tes tournures qui troublent nos esprits versatiles
Couché, endormi près de Booz rêvant à l'amour d'une femme
Notre oeil a pris conscience de l'intense clarté de ta flamme
Nous sommes tous en contemplations devant l'ampleur de l'oeuvre
Demain dès l'aube, nous tenterons d'écrire durant de longues heures
Mais avec nos pâles histoires nous n'atteindrons jamais aucun sommet
Alors que toi, cher Victor, tu caresses sans cesse toute la voûte étoilée
De siècle en siècle, ta légende a grandi
Et même les Orientales t'ont ourdi
Derrière tes amours, derrière tes tourments
Ta maîtresse fidèle et tous tes beaux enfants
Tu n'as pu empêcher certains coups du sort
Quand Léopoldine au souper de la mort
Tu voulais être Chateaubriand
Tu es devenu Hugo Le Grand
Tout l'art d'être grand-père brille dans tes yeux
Les douces Feuillantines en sont quelques aveux
Merci donc à toi, immense poète, très cher Victor
Pour tous ces livres hors du temps, tous ces trésors

Il m'aura manqué
Il m'aura manqué un rayon de soleil plus grand qu'un été
Au-delà des moissons du coeur, sentiments à vendanger
Que l'on croque tout en douceur comme des raisins sucrés
Il m'aura manqué une vraie présence, quelqu'un à aimer
Et, sein contre sein, et, main dans la main, se promener
Dans toutes les saisons de la vie, toutes les belles éternités
Mais l'aventure incarnée est faite de nombreux épisodes
Vouloir que tout soit permanent et immuable est passé de mode
Car il y a des cailloux sur les chemins et des épines sur les roses
Il m'aura manqué des mers calmes et des horizons sans nuages
Une météo un peu plus stable, à défaut, j'aurai eu des pensées sages
La constance en moi à toujours écouter de la même oreille, le coquillage
Il m'aura manqué dans ce doux halo de lumière coloré tout autour de moi
La bonne couleur du corps subtil et du rayonnement qui en émane parfois
Ainsi va la vie, ainsi va la foi, on devient forcément un jour ce que l'on croit

Inutile
Instants troubles de la vie
Nulle joie et nulle envie
Un vide sidéral qui tout empli
Tu traînes au bout de l'ennui
Il est temps de dérober
Les mots mis sous clé
Et réapprendre à aimer

Mes ancêtres
Mes ancêtres me transpercent le corps et l'âme
De flèches de feu trempées dans les flammes
Du carquois pendant à leur côté ils me décochent
Ces pointes acérées dont ils ont empli leur sacoche
De leur force, leur peur, leur joie et leur faiblesse
Je ressens tous ces rêves, ces failles, ces détresses
Tout ce qui fait pencher la balance, poids du passé
Au travers du temps sans cesse renouvelé, rejoué
Le fléau qui alourdit mes poches et c'est moche
Je suis la cible, victime de l'indicible anicroche
Tous ces fantômes qui chaque nuit nous carressent
Derrière mes ans être fort pour qu'enfin je renaisse
Et le vent des tourments mumure à mes pauvres oreilles
"Voilà les bagages, l'héritage pour remplir ta corbeille"

Ces mots...
Ces mots qu'on me dit
Ces mots qu'on maudit
Et demain s'assombrit
Tous ces testaments
Ces bouts de serments
Qui pèsent en dedans
Tous ces mots qui pourrissent
Qu'on met dans des livres
Et qui parfois nous délivrent
L'émail de la vie
Couche de vernis
Un espoir qui luit
Ces mots faisant les gros titres
Ayant quelquefois droit au chapitre
En bibliothèque derrière des vitres
Quand je crie, quand j'écris,
Perdu tel un enfant de la nuit
Aux rêves endormis, insomnies
Ces maux qui nous rendent fous
Face à l'univers qui se rit de nous
Petites fourmis qui prient à genoux
Sur du papier blanc ou couleur de miel
Laisser la trace de quelques arcs-en-ciel
Quelques traits du grand dessein spirituel
Ces mots qui resteront en moi
Que je ne ferai pas peser sur toi
Pour que tu restes libre de tes choix
Mais j'écrirai mon temps, j'écrirai mon âge
Avec ma sueur et mon sang, page après page
Comme le témoignage d'un de mes passages
