Articles de luober
L'ermite
Je ne me mêlerai pas aux fracas du monde
A tous ces cris et tous ces gens qui grondent
Je ne suis plus dans vos peurs, dans vos hontes
Ni de ceux en qui l'on croit ou sur qui l'on compte
Je suis mort à vos jeux, mis un pied dans la tombe
Autrefois j'étais vous, juste avant que je ne succombe
Depuis lors, je me suis retiré dans ma grotte immonde
Et je trouve uniquement le repos sur mon lit d'osmonde
Ma retraite me sera payée par l'écureuil, vie au vent de la forêt
Et, près de la source, la roche moussue écoute mon pas discret
Mes semblables le sont-ils vraiment depuis que je fuis leur ombre ?
Autrefois, j'ai laissé derrière moi tout ce et ceux qui m'encombrent
Du fond de mon repaire où parfois je perds tous mes anciens repères
Si je ne prie pas souvent le fils et le père, je fais briller ma petite lumière
Elle éclaire mon antre et si toutefois mon confort paraît bien sommaire
Mon ascétisme est une façon d'oublier que la vie m'a blessé dans ma chair
J'erre, mythe de la solitude choisie
Gère, mite sur le tissu des insoumis
Je grignote lentement les jours, les nuits
Trouant vos certitudes et vos modes de vie

Plumes célestes
Filles indomptables des vents heureux
Arrachées à l'oiseau lyre ou à l'ange bleu
Vous posant où cela prend tout son sens
Au pied de celui qui guette sa renaissance
Des lointaines contrées messagères du ciel
Et au Zénith de nos questions existentielles
Vous apportez alors les réponses de cette Terre
Pour que les coeurs purs avancent ou espèrent
De toutes vos couleurs nous tirerons conclusions
Ou simplement quelques nouvelles directions
Et les yeux tournés vers la profonde nuit éternelle
Nous sommes pris du vertige d'être aimé de Gabriel
Je reviens parfois...
Je reviens parfois sur les traces de mon enfance
Quelques lieux intimes où mon coeur est accroché
Et je frappe alors à la porte de mes souvenirs effacés
Là, sur le seuil, quelques fantômes du passé dansent
On refait souvent la route quand devant il fait nuit
Des frissons me parcourent et mon oeil se mouille
Mais que peut le ciel, que peut la Terre à mes fouilles
Quand je creuse dans les longs souterrains de l'oubli
En ces lieux bénis où les miens ont tant cherché le repos
Ce jardin d'autrefois certissant une maison centenaire
De toutes les saisons du bonheur jusqu'à nos tristes hivers
Il reste d'ombres bienveillantes quelques derniers sursauts
Je sais qu'ils m'attendent avec affection à la porte de leur tombeau
Je reviens parfois vers ce qui fut mon repère quand ma vue se brouille
Bienveillantes présences dans les odeurs persistantes d'humus et de rouille
Tout près des miens, je dormirai enfin serein le corps en bas, la tête en haut

Les vrais philosophes
Un jour, j'embrasserai ta bouche glaciale
Je quitterai ce corps en la saison hiémale
Et, j'ai si peu aimé ma mie que je n'aurai pas mal
Mon âme fut contrainte comme en milieu carcéral
J'ai tant pensé, ami, sur ce que fut être
Que je me suis trop penché à la fenêtre
J'ai tant pansé toutes mes petites blessures
Qu'en moi, cela faisait écho, peau de sciure
On dit que les vrais philosophes apprennent
Toute leur vie à mourir et à cela s'entraînent
Alliant jour après jour, preuves et épreuves
Ils font lumière avec obscurité, grand oeuvre

La rue
A vous les accidentés de la vie car tout arrive si vite parfois
Un faux pas, plus de contrat, ne plus boucler les fins de mois
L'argent pour la bouffe, les factures et bien sûr le logement
Et ce foutu carburant qui augmente, augmente tout le temps
Enfin plus les moyens de payer votre manque d'assurance
Et tout ce qui va avec, la défiance et la perte de confiance
Dans vos regards inquiets brillent quelques tristes éclairs
Illuminant les insondables pensées de vos matins d'hiver
Face à ceux qui dirigent ce monde avec leurs mensonges
Et qui ne vous laissent que vos rêves, que vos songes
Qu'avez-vous à opposer si ce n'est vos vies marginales ?
La peur de demain, la misère, la précarité et la rue glaciale.

Prière du soir
Le clocher au loin sonne six heures
La nuit apporte avec elle le silence
Et les ombres doucement s'avancent
Grignotant la clarté, fin du labeur
Les ouvriers quittent les champs
Tandis que se lèvent à l'horizon
Orion, reine des constellations
Premières étoiles du firmament
Les haies qui bordent les parcelles
Frissonnent au vent frais du soir
Dans les chaumières fleurit l'espoir
Que demain la journée sera belle
Par la fenêtre, la boule d'albâtre
Prend doucement sa place nocturne
Ce vieil astre au regard si taciturne
Tandis que la bûche crépite dans l'âtre
La douce flamme au foyer les réchauffe
Comme la soupe d'épeautre de la gamelle
Qui les fera tenir jusqu'au petit matin blême
Et dehors la nuit a enfin tendu son étoffe
Le monde est pour beaucoup un mystère
Qui ne se révèle qu'à certains humains
A qui il dévoile un peu son aspect divin
Cachant souvent les secrets de la terre
A ces corps si fatigués qui implorent
Que cette nuit ne soit pas la dernière
Que quelqu'un sache écouter leurs prières
Et que chaque matin, il y ait une aurore
