Articles de luober
Pour Temps
Tel le blé, tue tes graines, en farine
Sous la dure meule qui te mouline
Et tes ailes fragiles livrées au vent
Font tourner le monde et le temps
Inexorablement, le grand sablier s'écoule
Tout autour de nous, des vies s'écroulent
Nous rappelant alors pourquoi on joue la montre
Chaque jour, l'implacable mécanisme le démontre
Pour Temps, dans l'absolu, tu n'existes pas vraiment
Une humaine invention pour nous enfermer dedans
Pour Temps, tu cadences nos vies allégrement
Course des planètes et de la lune, couleur argent
Le grand Or, logé près du soleil, fait déformations
Où l'on apprend que ta courbure est dans l'équation
Pourtant, pour Temps, pourrissent nos corps
Parfois nos âmes en dedans sans trop d'efforts
De la petite minute que l'on s'accorde souvent
Au siècle que l'on aimerait traverser vivant
Pour autant nous ne sommes que fêtus de paille
Pauvres hommes un peu têtus dans cette bataille
En bons petits soldats perdus aux pieds de plomb
Jamais, échelle du temps, nous ne te remonterons
Mais si nous sommes un Temps soit peu idéaliste
Alors notre Esprit échappe à cette vision fataliste
Car au long travail de l'éternité, pas de pointeuse
Seulement des avancées vers la source lumineuse

Hésitations
Tout comme la poésie
Parfois la peau hésite
On peut la mordiller
Ou parfois l'effleurer
Comme à l'escrime
Petit succès d'estime
L'amour a plusieurs touches
A la fin de l'envoi, je couche
Mais avant d'entrer dans la ruche
Il y a toutefois pas mal d'embûches
Pour aller rejoindre la reine aiguillon
Il faut souvent en connaître un rayon
Caresser l'essaim
Atteindre les cimes
Goûter au doux miel
Et à tous les délices
Pour s'adonner au rite
Il faut souvent du mérite
Les mots font cent rimes
Mais nos coeurs s'enrhument
Nos sentiments font barrage
Maintenant comme à tout âge
Même si l'inspiration nous habite
Bien souvent la messe est dite
Avec toi, coucher sur une page
Premier soir, premier ouvrage
Quand l'homme de lettres agit
La femme découvre son anatomie
Sans plus attendre, belle Balzacienne
A la lueur de ma bougie, je te ferai mienne
Et, sans hésitations aucune,
Cette nuit, je te ferai lune

Tout ce qui doit...
Tout ce qui doit arriver, arrivera
Sur la ligne, sur le fil qui cassera
Tout ce qui doit dériver, dérivera
Sur les flots qui s'écoulent, là-bas
Tout ce qui doit résister, résistera
Même au temps, à la mort, parfois
Tout ce qui doit s'effacer, s'effacera
Sur l'ardoise de nos vies, on réécrira
Tout ce qui doit renaître, renaîtra
Et s'accumulent les actes, le karma
Tout ce qui doit être et qui sera
Un jour, tu verras, on s'aimera
Comme ces dix doigts portés par nos mains
Sur lequel on compte pour aller plus loin
Des livres et moi
Avec ou sans Bible à bout de bras
Seigneur, des livres et moi
Avec du sang sur les draps
Saigneur, des livres et moi
Quand la vie est pesante parfois
Lourdeur des livres en poids
Avec l'espoir qui renaît chaque fois
Ami lecteur, garder la foi
J'écris pour toi, je crie cent fois
Les mots me mettant en joie
Quand ma langue enfin se délie
Et qu'avec ta bouche, elle s'unit
Je me sens fou, je me sens roi
Au dernier chat pitre, délivrez-moi

Je n'ai pas su
Je n'ai pas su te dire : je t'aime
Sauf à quelques matins blèmes
Je n'ai pas su retenir l'amour
Ni toutes mes leçons du jour
Je n'ai pas su vaincre le temps
Désormais, le sablier m'attend
Je n'ai pas su garder l'humour
A cause de mauvais calembours
Je n'ai pas su planter les mots
Parfois, ils m'ont fait défaut
Je n'ai pas supplanté certains
Qui pourtant étaient malsains
Je n'ai pas su porter le fardeau
Je l'ai trouvé souvent trop gros
Je n'ai pas supporté l'absence
Même quand elle fut délivrance
Je n'ai pas su poser les hypothèses
Qui auraient résolu tant de malaises
Je n'ai pas supposé qu'il viendrait
Le grand moment de vérité
Je n'ai pas supplié les gens
Comme un origami élégant
Je n'ai pas su plier le roseau pensant
Qu'il fallait parfois plus que le vent

Au festin de la vie
Au festin de la vie, me repaître des mets, quel délice
Boire à la coupe éternelle, vider entièrement le calice
Et, au chevet de mes longues nuits, espérer l'insomnie
Pour enfin épuiser mon corps si débordant d'énergie
Mu par une force invisible, j'irai conquérir ton coeur
Cible si difficile que je vise de mes flèches de douceur
