Articles de luober
On s'enterre
Qu'il en faut des années pour apprendre
Qu'il en faut des erreurs pour comprendre
Lorsque la lumière brille enfin tel un phare
Dans nos pauvres vies, il est souvent si tard
Et sur cette Terre des hommes, couverte de ronces
Sonnent déjà les heures claires où l'on s'enfonce
Parés pour rejoindre les Saints et les Apôtres
Le moment où l'on s'enterre les uns, les autres
Qu'il en faut des moments de solitude, désert rance
Pour parvenir à la sagesse au-delà de la souffrance
Lorsque la nuit vient nous happer de sa gueule vorace
Qu'après, il ne restera de nous pas la moindre trace
Et la Lune qui, de tout là-haut, parfois nous regarde
Eclairant nos grands cimetières de sa face blafarde
Se dit : se sont-ils aimés autant que l'a demandé l'Autre ?
Ames, interrogez-vous alors sur l'effet de vos patenôtres

Cycles
Ce que chacun de nous a été
Au fil de nos saisons d'été
Ce que nous sommes désormais
Sous la patine de nos années
Tout ce dont nous avons dû nous libérer
Pour être simplement nous, en vérité
A présent que nous sommes passés à côté d'ailes
Oiseaux oisifs tombant du nid, un brin rebelles
Nos vies nous apparaissent souvent plus belles
Et l'on veut en voir briller chaque étincelle
Vaincre nos peurs, nos démissions
Arrive le temps de l'acceptation
Ne pas lutter contre le courant
Et se laisser porter doucement
On ne peut être et avoir été
L'automne arrive toujours après l'été
Et nos hivers seront moissons
Nos vieilles âmes s'envoleront
Regardez dans le ciel, les flamands
Tous ces oiseaux migrateurs s'envolant
Vers des cieux lointains, plus cléments
Ils reviendront à chaque printemps
Vous verrez, il en sera de même pour nous
Tout n'est que cycles dans le grand Tout
Tel l'éternel flux et reflux des océans
Tout n'est qu'un perpétuel recommencement

En faim de vie, en fin de vie
Les personnes en fin de vie
Sur le départ vers un ailleurs
Les personnes en faim de vie
Se nourrissant au bonheur
Les premiers sont de passage
Les autres ne sont pas sages
Ils furent les mêmes autrefois
Avant que le temps ne les rattrape
Bons vivants aimant toutes les agapes
Les personnes, enfin, dévient
Et se dirigent vers la sortie
Délaissant alors la matière
Et ses bonheurs si éphémères
Avec toute l'énergie nécessaire
Pour briller dans l'anti-matière
Les personnes en fin de vie vont ici
Où les mères et pères sonnent à l'huis
Porte du trou noir de chaque galaxie
Absorbant avec eux tous leurs soucis
Et là-bas, de l'autre côté de leurs vies
Ils ne sont que lumière de l'esprit

Il pleut sur la forêt
Il pleut sur la forêt, à gouttes resserrées
Il pleut sur mes étés, à larmes trop versées
Ma vie a filé, défilé au rythme des saisons
Mon âme a cicatrisé au fil de mes guérisons
J'entends le chant du coucou résonnant dans le bois
Vois la portée de la polyandre qu'une autre couvera
Le faux frère éjectant du nid les autres oisillons
Le monde paraît parfois cruel, plus que de raison
La vie est ainsi faite avec toutes ses illusions
Ses petits drames, comme ses grandes révolutions
Dans les grands arbres détrempés par le crachin
On se blottit contre le tronc d'un vieux sapin
Et au sol sous la mousse, ses racines s'enfoncent
Montrant que sous les apparences, nul ne renonce
Jusqu'aux derniers instants de la dernière heure
On croit pouvoir sur cette terre rester à demeure
Mais nous ne sommes que le terreau, la décrépitude
Qui demain nourriront les autres de nos incertitudes
Et il pleut sur la forêt et les joues des être aimés
Quand on nous rappelle vers les nuages mouillés

Nature blessée
Lune hiver, rond effroi fait peur
L'Uni versatile change de couleur
Et du fond des âges l'arc-en-ciel
Tire ses flèches en dard de miel
Abeilles farouches de la ruche
Pareilles aux mouches à capuche
Sodomites d'insectes se paluchant
Sur ce monde, Andes et rangement
On opère où l'immense cordillère ?
Demain en chirurgie bien singulière
D'une nature blessée et à l'agonie
On reste à son chevet jour et nuit
Car la morte-vivante sait réguler
La population des indisciplinés
A coup de pandémies et de fléaux
Ceux qui tentent d'avoir sa peau
Toutes ces âmes jeunes et excitées
Toutes ces consciences à éveiller
Pour que nos épreuves soient adoucies
Et que notre passage soit réussi

Mon enfance
Mon enfance, viens, viens tout contre moi
Que tu t'endormes au creux de mes bras
Tu verras, nous serons si bien tous les deux
J'ai pour toi de tendres et de doux aveux
Mon enfance, regarde le chemin parcouru
Tu vois, malgré toutes les errances, j'ai tenu
Parfois, je me suis un peu perdu en chemin
Mais tu m'as toujours soutenu, tenu par la main
Mon enfance, viens, viens tout contre mon coeur
Là où j'ai caché toutes mes plus grandes douleurs
Tu verras bien qu'au fond de moi, je n'ai plus peur
