Erwan Bucklefeet : quelques extraits du tome I

Erwan Bucklefeet et le monde des esprits

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"D’aussi loin qu’il se souvienne, Erwan avait toujours été attiré par l’autre côté du miroir. Enfant, il envoyait souvent son ballon au dessus du mur, caressant l’espoir qu’en allant le récupérer, il pourrait enfin découvrir les petits secrets du jardin des voisins. Dès que ses parents l’emmenaient à une soirée chez de nouveaux amis, il tentait systématiquement d’ouvrir les portes des caves et greniers pour y apercevoir les habitants mystérieux, peuplant ces lieux, tout autant que son imagination. En grandissant, il avait gardé une certaine nostalgie d’une époque où tout semblait encore possible. Mais le temps avait cependant drainé avec lui son cortège de désillusions. Tous les personnages féériques, qui avaient longtemps bercé son enfance, s’évanouissaient au fur et à mesure de son avancée dans l’âge adulte.  A l’école, les explications pragmatiques apportées par les sciences traditionnelles sur des sujets qui l’enthousiasmaient autrefois, le décevaient énormément à présent. La cuisine du monde, préparée avec les seuls ingrédients de la pensée unique, n’avait pour lui aucune saveur."


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"Croquignol, Ribouldingue, Filochard. Tintin, Haddock, Tournesol. Les trois petits cochons. Autant de tiercés amicaux hétérogènes, juxtaposition de tempéraments qui, comme dans le triolisme amoureux, avait néanmoins ses adeptes inconditionnels. Le trio demeurait tout de même une forme très particulière d’appréhender et de vivre l’amitié. Quant à Erwan, Denez et Conogan, ces trois compères se connaissaient par coeur et avaient fait route commune depuis l’école primaire. Dans les petites classes, leurs camarades les avaient d’ailleurs surnommés « Les inséparables », tant ils semblaient soudés. Plus tard, au lycée, suite à un cours d’histoire sur la Rome antique, tous les élèves de la classe les avaient rebaptisés, non sans malice, « Le triumvirat », faisant allusion à l’entente secrète qui existait entre Jules César, Pompée, et Crassus. Un pacte triangulaire conclut en l’an 60 avant Jésus Christ."


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"Erwan n’avait en mémoire que trois ou quatre événements majeurs durant lesquels le cercle familial s’était élargi momentanément avec la présence de cousins germains ou de parents éloignés : lors de sa communion et celle de sa soeur et, bien sûr, à la mort de son grand-père. C’était la seule fois où Erwan avait rencontré les cousins de sa mère. Gaël, le frère cadet du grand-père Moullec, pressentant la funeste issue et l’imminence du décès de son frère, était arrivé la veille du Morbihan avec sa femme et ses trois enfants. Ce grand oncle, issu de la ruralité, était très ancré dans les coutumes et les croyances armoricaines, et il était d’ailleurs accouru à Douarnenez suite, disait-il, à la perception de mauvais présages. Depuis sa naissance, on disait l’oncle Gaël doté du don de voir. Il était sensible aux intersignes. Dans les vieilles superstitions bretonnes, les intersignes représentaient les événements étranges ou surnaturels annonçant la mort : hurlement de chien au beau milieu de la nuit, vision onirique d’un convoi funèbre fantomatique ou d’une messe de défunts célébrée dans un cimetière. La tradition voulait que si l'intersigne était apparu durant le matin alors l'événement se produirait dans moins de huit jours. Par contre, un intersigne du soir pouvait repousser l'arrivée de l’échéance tragique parfois à plusieurs années. Tous les anciens en Bretagne y croyaient dur comme fer et restaient persuadés que la mort ne frappait pas à l’improviste."

 

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