Tant va la plume au vent


Prendre la plume, c'est violer l'oie,
s'imaginer en puissant ou hors-la-loi
Ecrire, devenir provocateur sublime,
agitateur d'idées, taquiner la rime.
Se défaire de la gangue du matériel,
contempler sans cesse un nouveau ciel.

Cracher des mots à la face du monde,
mots d'amour, de haine ou de fronde.
Auto-lever les limites de la décence,
Et ne pas avoir peur de la démence.
Couvrir le papier virginal de ses choix
Ou de peur qu'il ne prenne un peu froid,
Le remplir d'utopie et de "je t'aime",
Et faire abstraction totale du système.

S'élever en martyr ou défenseur sublime,
Interpréter, analyser, atteindre des cimes  
Et le lendemain être retombé tout en bas,
Devoir recommencer et tout remettre à plat.
Se battre pour cette vérité inatteignable,
Sans jamais comprendre la morale de la fable.

Rendre compte du monde ou bien à l'inverse,
Prendre le contrepied et franchir la herse,
Renverser les idées reçues de la narration,
Construire des univers et des civilisations.
Casser tous les préjugés, toutes les censures,
Se complaire dans l'immoral ou dans l'ordure.
Etre à la fois abstrait, absurde ou immonde,
Croire encore que l'on peut changer le monde.

Pris dans le paradoxe du "Misanthrope humaniste",
Se rêver en justicier, en tyran ou en anarchiste,
Et changer chaque jour, héros retournant sa veste, 
Les idées et les mots portant en eux tout le reste.
Croire enfin, plus que les traces de pas ou de sang,
Que celles laissées par l'encre franchiront le temps
Et porteront dans leur sens profond et intrinsèque
les rêves de l'humanité rangés dans des bibliothèques.


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